Dhofar et Salalah

À 1 000 km au sud de Mascate, le Dhofar bascule chaque été sous la mousson khareef et déroule des collines vertes, des falaises océaniques et les anciennes routes de l'encens classées UNESCO.

Le Dhofar occupe l'extrémité sud du Sultanat, à 1 000 kilomètres de Mascate par la route, 1h30 de vol direct depuis la capitale. C'est un territoire qui se détache du reste de l'Oman par sa géographie, son climat et son histoire. Les montagnes du Jebel Qara et du Jebel Samhan, qui culminent à plus de 2 000 mètres, forment un arc parallèle à la côte et captent l'humidité venue de l'océan Indien. Cette barrière naturelle crée un microclimat sans équivalent dans la péninsule Arabique.

De mi-juin à mi-septembre, le khareef, mousson de l'Asie du Sud-Est dans sa version atténuée, enveloppe Salalah et son arrière-pays montagneux. Les collines dénudées le reste de l'année se couvrent d'une herbe drue, les cascades de Wadi Darbat se remettent à couler et les chameaux paissent dans la brume. Le phénomène attire chaque été des dizaines de milliers de visiteurs du Golfe qui fuient les 45°C de Riyad ou de Doha. Hors saison du khareef, le paysage redevient sec, ocre, et la chaleur retombe sur la plaine côtière.

Salalah, capitale régionale de 350 000 habitants, vit au rythme de la pêche, des plantations de bananiers, papayers et noix de coco, du port de Raysut (l'un des plus actifs de la région) et d'une histoire millénaire liée à l'encens. Le Boswellia sacra, arbre à résine qui pousse dans les wadis arides du Najd, fournissait jusqu'au 19e siècle l'essentiel de l'encens consommé en Inde, en Chine et autour de la Méditerranée. Les sites de Wubar (Shisr), Khor Rori (l'ancienne Sumhuram) et Al-Baleed sont classés à l'UNESCO sous l'appellation Terre de l'Encens. Ils marquent les étapes de cette économie caravanière qui a fait la richesse du Dhofar pendant deux millénaires.

La population dhofarie se distingue du reste de l'Oman. On y parle, en plus de l'arabe, plusieurs langues sud-arabiques modernes comme le jibbali (shehri) et le mehri, transmises oralement par les tribus des montagnes. Les femmes portent des robes brodées colorées plus visibles que dans le nord du pays. La cuisine fait une large place au poisson grillé, aux laitages de chamelle et au shuwa préparé lors des fêtes. Au marché Al-Husn de Salalah, l'encens se vend encore au poids, classé par origine (hojari, najdi, sha'bi) et par couleur.

Côté paysages, la côte alterne plages de sable blanc quasi désertes (Al-Fizayah, Mughsail), falaises calcaires creusées de blowholes où la mer projette des gerbes verticales, et criques accessibles uniquement par piste. Vers l'ouest, la route qui longe la frontière yéménite passe par Rakhyut puis Dalkut, dans un paysage de canyons verticaux qui tombent dans l'océan. Au nord-est, le Jebel Samhan abrite encore une petite population de léopards d'Arabie, espèce critique, dans une réserve fermée au public mais visible depuis les belvédères de Tawi Atayr.

Le Dhofar mérite un détour spécifique parce qu'il ne ressemble à rien d'autre dans le pays. On n'y vient pas pour les forts en pisé ni pour les souks de l'intérieur, mais pour un croisement rare entre Afrique de l'Est, Inde et péninsule Arabique, et pour des paysages qui basculent de la savane à la falaise océanique en quelques kilomètres.

À découvrir

Wadi Darbat pendant le khareef. De juillet à septembre, la rivière coule à travers une vallée verdoyante où paissent les dromadaires. Cascades de 100 mètres et brume permanente au-dessus de 600 mètres d'altitude.

Les blowholes de Mughsail. Au pied des falaises de Marneef, la mer s'engouffre dans des cheminées karstiques et projette des colonnes d'eau de plusieurs mètres. Plage adjacente bordée de cocotiers et de chameaux en liberté.

Le site UNESCO de Khor Rori. Ruines de l'antique port de Sumhuram, comptoir d'exportation d'encens vers Rome et l'Inde au 1er siècle. Lagune fréquentée par flamants roses et hérons, à 40 km à l'est de Salalah.

La route vers Dalkut. 200 km de virages au-dessus de l'océan Indien, du Jebel Qamar jusqu'à la frontière yéménite. Villages jibbali accrochés aux pentes, troupeaux de vaches naines et points de vue plongeants sur la mer.

Le souk d'Al-Husn à Salalah. Les marchandes d'encens y trient les résines de Boswellia sacra par qualité. On y trouve aussi le bukhoor (encens parfumé) et l'huile de myrrhe distillée dans la région.

Quand y aller

Le Dhofar fonctionne sur deux saisons distinctes. De mi-juin à mi-septembre, le khareef apporte une bruine quasi continue sur les reliefs et une température plafonnée à 25-28°C à Salalah, contre 40°C dans le reste de l'Oman. La plaine côtière reste praticable mais le ciel est gris, les plages parfois fermées pour cause de mer agitée, et l'affluence touristique régionale (visiteurs du Golfe) est forte. C'est la seule période où l'on voit les montagnes vertes et les cascades en eau.

D'octobre à mai, le ciel se dégage, les températures oscillent entre 22°C la nuit et 30-32°C en journée sur la côte, plus fraîches en altitude. C'est la fenêtre que nous recommandons pour combiner baignade, randonnée et visite des sites archéologiques. Évitez mai et début juin (chaleur sèche pouvant dépasser 38°C avant l'arrivée du khareef) ainsi que la période de pointe du khareef fin juillet-début août si vous fuyez la foule.

Conseils pratiques

Comptez au minimum 4 jours pleins sur place pour couvrir Salalah et ses environs immédiats (sites UNESCO, plages de Mughsail, Wadi Darbat, Mirbat). Ajoutez 2 jours si vous souhaitez pousser vers Dalkut à l'ouest ou vers le désert du Rub al-Khali au nord via Thumrait et Wubar. L'aéroport international de Salalah est desservi quotidiennement depuis Mascate (1h30 de vol) et permet d'éviter les 1 000 km de route à travers le désert, sauf si vous voulez intégrer la traversée comme un temps fort du voyage (compter 2 jours de route avec une nuit à Duqm).

Le Dhofar se combine bien en fin de circuit après Mascate, Nizwa et les Wahiba Sands, en arrivant par avion pour gagner du temps. Le niveau de confort à Salalah est correct (hôtels de chaîne en bord de mer, lodges plus simples dans l'arrière-pays). Nous recommandons cette région aux voyageurs contemplatifs, aux amateurs d'archéologie et de paysages côtiers, et aux familles pendant le khareef qui apprécieront la fraîcheur. Un 4x4 est nécessaire pour les pistes côtières et l'accès au Jebel Samhan.

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